Après 20 ans d’urbanisation et de densification, l’avènement du développement durable dans les politiques urbaines, renforcé par la hausse d’exigence de qualité de vie et d’alimentation des citoyens, a fait se multiplier les projets de jardins partagés et d’agriculture urbaine en IDF. Ces dernières années, la sphère politique a en effet gagné en maturité sur la question de l’agriculture urbaine mais s’est concentré pour l’essentiel dans les quartiers gentrifiés. Pourtant, sur le territoire de Plaine Commune, une volonté claire de mettre l’innovation, technique mais aussi sociale, au service de quartiers populaires plus durables, se construit peu à peu. Elle est même inscrite à l’agenda 21 de l’EPT, qui entend maintenir et développer des espaces à vocation agricole dans le tissu urbain pour favoriser des circuits courts alimentaires et l’auto-consommation, et valoriser l’histoire maraîchère du territoire et les savoir-faires. Inspiré par les projets de quartiers agricoles de Détroit, qui ont permis le renouveau de certains quartiers de la ville, en redynamisant leur tissu économique et social, un projet de boucle alimentaire locale se développe à Stains, soutenu par le Plan d’Investissement d’Avenir PIA « Ville durable et solidaire » de l’ANRU, qui soutient les actions les plus innovantes dans les quartiers d’intérêt national du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU).
Les enjeux traités par le programme sont nombreux et entendent créer une dynamique qui dépasserait l’échelle de la ZAC des Tartres, ancienne zone agricole qui va être ouverte à une urbanisation mixte, qui accueillera les activités agricoles et les structures issues de ce programme de Boucle Alimentaire Locale (BAL).
DEVELOPPER L’ATTRACTIVITE DU TERRITOIRE PAR LE DEVELOPPEMENT LOCAL INCLUSIF
L’objectif principal est le développement de l’attractivité du territoire par le développement local inclusif, qui permettrait notamment de dynamiser, revitaliser et désenclaver les quartiers ANRU en créer du lien social, de la mixité et de l’activité économique locale. L’approche entend modifier la manière de faire le projet urbain, en intégrant de nouveaux concepts tels que la co-construction, la soutenabilité ou encore la sobriété des aménagements.
Au sein de la ZAC, la Ferme des possibles, une ferme pédagogique et de réinsertion représente bien plus qu’un simple projet d’agriculture urbaine, c’est un projet de société qui fait de la production de nourriture en ville un moyen d’intégrer les habitants, de différentes générations et conditions sociales et économiques. Ce projet repense la ville en proposant un lieu multifonctionnel, à la fois de production, de formation et d’expérimentation, pour sensibiliser les habitants au développement durable et offrir aux urbains des produits sains en circuits-courts. [1]

PRESERVER LES ESPACES NATURELS ET AGRICOLES
La Boucle Alimentaire Locale, qui repose sur l’exploitation de terres agricoles dans un tissu urbain assez dense, est aussi un moyen de préserver les espaces verts et agricoles dans les zones urbaines. En effet, la ZAC des Tartres, située sur l’ancien Pavé d’Amiens, qui a eu historiquement un rayonnement technique agricole, est constituée actuellement à 50% de maraichage intensif. Même si elle a pour objectif d’urbaniser la zone, elle doit également préserver au maximum les terres agricoles existantes. Cette concurrence avec l’extension urbaine et les nouvelles infrastructures est réelle puisque 45% des exploitations du territoire ont disparu en 20 ans.
Il s’agit donc de mettre en avant le patrimoine territorial de Plaine Commune, la Seine-Saint-Denis était une terre agricole depuis le moyen-âge et la zone des Tartres ayant joué un rôle structurant jusqu’à la période d’après-guerre pour alimenter Paris en denrées (200 à 250 tonnes de légumes à l’hectare contre 70 tonnes aujourd’hui) [2]
Ce patrimoine agricole est un héritage qui se transmet néanmoins, puis que de nombreux habitants de Plaine Commune ont démontré un grand intérêt pour le jardinage qui évoque leurs racines (parents et grands-parents) et en particulier pour le jardinage collectif et les jardins ouvriers.
La difficulté repose sur la capacité du territoire à créer des modèles économiques fiables et inclusifs pour développer des projets agricoles durables, vecteurs d’emploi et d’intégration sociale sur les territoires urbains.
SENSIBILISER A L’ECONOMIE CIRCULAIRE

(Support Soirée de la BAL)
La Boucle Alimentaire Local permet également de mobiliser une myriade d’acteurs variés autour de projets communs pour le développement du territoire. Le but est de créer des appareils productifs locaux et endogènes, mis au service des populations du territoire de Plaine Commune. Le tri des bio déchets pour la fabrication de compost qui pourra par la suite être réutilisé sur les exploitations est un exemple de projet d’ESS (économie sociale et solidaire) possible à développer. Un composteur mécanique est actuellement expérimenté sur la ZAC pour commencer la sensibilisation auprès des habitants.
UNE ALIMENTATION DE QUALITE POUR TOUS
La boucle alimentaire soulève également des enjeux d’hygiène de vie et de santé. En effet, sur le territoire de Plaine Commune, la part de population touchée par la pauvreté est élevée et, comme le rappelle un habitant de Stains dans le cadre d’une enquête du programme PIA « Ville Durable », « l’alimentation, c’est quasiment le seul poste sur lequel on peut faire des économies ». Si beaucoup d’habitants effectuent déjà leurs courses sur les marchés et consomment des produits frais, ils ne sont pas toujours de bonne qualité (problèmes de gout et de conservation) et une offre de produits frais, locaux et abordables serait bien accueillie par la population. Par ailleurs, certains changements démographiques amènent de jeunes parents de classe moyenne, mais aussi des primo-migrants, à s’installer sur plaine-commune et pose de nouvelles problématiques en termes d’alimentation et de qualité de vie. C’est la mission que s’est donné La Ferme des Futures, qui, en plus d’employer, en réinsertion, des personnes en situation de handicap et marginalisées, espère déployer une nouvelle « culture alimentaire » sur le territoire. Pour cela, elle effectue de l’animation en partenariat avec les écoles environnantes pour faire connaître aux enfants la nature et ses cycles et a ouvert, sur le site de la ferme, un petit marché à destination des habitants pour qu’ils puissent venir y acheter des produits. [1]
PROCESSUS DE CONCEPTION ET DE MISE EN OEUVRE
La boucle alimentaire part de l’initiative d’acteurs locaux parmi lesquels l’actuel maire de l’Île-Saint-Denis, Mohamed GNABALY, qui est aussi dirigeant-fondateur de Novaedia, traiteur solidaire qui porte le projet de la Ferme des possibles. Ils ont très vite compris les opportunités sociales et économiques offertes par l’agriculture urbaine, et se sont proposé pour reprendre l’exploitation du dernier agriculteur de la zone. « Nous étions décomplexés à aller voir le politique pour proposer des solutions. Notre diagnostic était simple : sur ce territoire en plein développement, nous avions soit des acteurs qui se craignent, soit qui s’ignorent. Alors comment créer de la valeur en les mettant en interaction ? Nous avons détecté des opportunités de marché pour créer ce lien et nous avons pressenti la question de la transition écologique. Nous avons fait une étude de marché afin de savoir quels étaient les métiers en tension et les secteurs à potentiel qui répondaient à nos sensibilités. Ainsi, nous avons identifié qu’il y a avait un enjeu autour de l’agriculture urbaine, de la restauration et du service traiteur pour les entreprises, ainsi que de la logistique urbaine de proximité”, précise Mohamed GNABALY [1]
C’est pour porter ce projet qu’est né Novaedia, qui est aujourd’hui un acteur économique avec un engagement sociétal et politique sur la question de la transition écologique populaire. D’autres acteurs locaux ont ensuite rejoint le projet de la Ferme des futurs, tels que la Résidence Sociale et une association de jeunes de Seine-St-Denis, nommée Capitale Banlieue, qui accompagne les jeunes en situation de handicap ou issus de quartiers populaires, et plus largement, les personnes éloignées de l’emploi.
Lauréat de l’appel à manifestations d’intérêt « Ville durable et solidaire, excellence environnementale du renouvellement urbain » de l’Anru, le projet de boucle alimentaire locale a pu bénéficier d’un accompagnement et du plan d’investissement d’avenir de l’Anru. Auxilia, a aidé à l’élaboration d’un diagnostic des potentiels d’innovation en s’imprégnant des lieux et en interrogeant habitants et usagers du territoire tout en s’appuyant sur les forces déjà présentes, en leur apportant un regard neuf.

Les objectifs de la BAL (Support Soirée de la BAL)
VERS UNE BOUCLE ALIMENTAIRE LOCALE
Une fois le processus de mise à l’agenda politique et de conception du programme terminé, la phase de mise en œuvre s’est focalisée sur le développement de partenariats, pour assurer une coopération entre tous les acteurs, des associations aux PME locales soucieuses de développer le territoire, en passant par des grandes entreprises clientes, et les habitants. Le projet réinvente l’économie en s’appuyant sur le renouveau du secteur de l’agro alimentaire. Il fait émerger de nouveaux producteurs, comme l’association Territoires, La ferme des possibles, les fermes de Gally ou l’association Parti Poétique, pour proposer des produits et des services alimentaires innovants et inclusifs. [2]
La co-construction avec les habitants est au centre de cette boucle car c’est in fine eux qui vont faire fonctionner l’appareil productif agricole et consommer. Dans un contexte de réduction des financements, les citoyens s’emparent de plus en plus des différentes problématiques publiques et innovent pour trouver des solutions alternatives, de nouveaux modes de consommer, qui répondent autrement aux enjeux humains et sociaux. Ainsi plus de 100 habitants de la zone des Tartres ont été mis à contribution avec 50 conversations dirigées, 11 entretiens approfondis, 5 ateliers participatifs (Femmes dans la cité, Secours populaire, Maison des parents, Centre de loisirs, Jardins familiaux) et une observation sur le marché. [2]
Et c’est en cela que le principe de boucle alimentaire locale est innovant et prometteur : il permet d’aménager un quartier pensé pour ses habitants et par eux, ce qui assure la durabilité de son fonctionnement.

L’appropriation de la BAL par les habitants (Support Soirée de la BAL)
SOURCES
Boucle Alimentaire Locale – PIA « Ville Durable et Solidaire » – NPNRU de Stains, Stains et Plaine Commune (2017)
Cliquer pour accéder à Support-Soir%C3%A9e-de-la-BAL-Version-def.pdf
Avis de l’autorité environnementale sur le projet d’aménagement de la ZAC des Tartres Sud (2015) http://www.driee.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Avis_AE_ZAC_Tartres_Sud_a_Saint-Denis_-_Pierrefite_-_Stains__93__-_28_janvier_2015.pdf
La ferme des possibles, le terreau d’une société plus solidaire, Lumière de la Ville
https://www.demainlaville.com/la-ferme-des-possibles-le-terreau-dune-societe-plus-solidaire/
Innovation et excellence environnementale dans le renouvellement urbain, ANRU https://www.gouvernement.fr/innovation-et-excellence-environnementale-dans-le-renouvellement-urbain-3689