Bergame : le virus au bout du territoire métropolitain

Cet article n’avance pas d’hypothèses épidémiologiques ni entend minimiser les errements politiques dans la gestion de la crise sanitaire. Son objet est de proposer une description de la géographie de peuplement du territoire bergamasque qui pourrait aider à des meilleures formulations du lien entre territoire et diffusion des épidémies.

Marco Cremaschi

Au bout du territoire métropolitain

Marco Cremaschi

Selon certains géographes, la cause de la pandémie serait à chercher dans la « métropolisation du monde » (Faburel 2020) ; l’économiste Paul Krugman (2020) souligne le rôle de la densité dans la propagation du virus à New York City. Bergame, un des lieux de propagation du virus en Europe, suggère au contraire un rapport bien plus nuancé entre densité sociale et forme de l’urbain.

Cet article n’avance pas d’hypothèses épidémiologiques ni entend minimiser les errements politiques dans la gestion de la crise sanitaire. Son objet est de proposer une description de la géographie de peuplement du territoire bergamasque qui pourrait aider à des meilleures formulations du lien entre territoire et diffusion des épidémies

Contrairement à ce que l’on peut lire, en Europe la propagation du Coronavirus semble moins intense au centre de la métropole : pour l’instant, l’épidémie n’a pas pour épicentre Paris ou Milan. Comme on le sait, l’urbanisme a été marqué historiquement par la répétition des épidémies, dans l’Antiquité la peste, le choléra à plusieurs reprises, qui ont contribué à sédimenter une certaine prudence vis à vis de la densité, de la promiscuité, du mode de vie urbain. Un préjugé anti-urbain qui refait souvent surface.

Comme bien d’autres, Krugman (2020) inculpe la densité de New York de la propagation (comme au XIXe siècle, lorsque la recherche urbaine a commencé). Mais le contact humain est-il plus probable dans des environnements physiquement denses ou dépend-il d’aspects culturels ? Si l’on exclut les situations de surpeuplement extrême, comparables aux villes de Dickens et Engels du XIXe siècle, on peut douter que la densité physique soit un bon indicateur des relations sociales (Offner 2020).

Les contacts humains dépendent de nombreux facteurs (l’interdépendance, par exemple : Baratier 2020), comme le montrent les réflexions sur l’urbanité qui ont déjà suggéré que – sous un certain seuil – la forme des établissements a une influence plus importante que la densité sur les relations humaines. Des chercheurs soulignent le lien particulier entre les zones périurbaines et les épidémies (Connolly, Keil, Ali 2020).

On pourrait également émettre l’hypothèse que le modèle métropolitain est plus proche de la logique de l’enfermement que la socialité provinciale : mais la prudence est de mise, et les premières réflexions des géographes et des analystes mondiaux soulignent la rareté des éléments empiriques, ainsi que la rapide propagation de la contagion aux métropoles méditerranéennes et du Sud.

Ce n’est pas un constat original : c’est la critique déjà faite d’une part à la thèse « écologique » (au sens de la géographie animale) qui veut que la culture et la socialité reflètent les caractéristiques de l’environnement physique ; et d’autre part à l’hypothèse historiographique selon laquelle la capacité institutionnelle (notamment gouvernementale) mûrit en même temps que l’évolution socio-économique.

Une approche par le ‘territoire’

Bergame, un de centres urbains plus affectés par la propagation du Covid19 en Italie ; la crise commence officiellement le dimanche 23 février à l’hôpital d’Alzano, à 6 km de Bergame: deux cas de Covid-19 sont identifiés. En dix jours, la situation se dégrade au-delà des prévisions les plus alarmistes.  Dans le mois de mars, 5.400 décès sont répertoriés en province, contre 900 en moyenne les trois ans précédents (Invernizzi 2020). La mortalité dans la province est six fois supérieure à celle des trois années précédentes ; dans certaines municipalités, comme Alzano et Nembro, elle est dix fois plus importante.

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Située au cœur de la région la plus riche et la plus urbanisée d’Italie (et l’une des plus riches d’Europe), à cinquante kilomètres au nord-est de Milan, la province de Bergame rassemble en 2020 un peu plus d’un million d’habitants (dont 120 000 seulement dans la ville-centre). Elle est marquée par une situation d’entre-deux territorial : ce n’est ni une métropole ni une simple ville moyenne environnée d’un pays rural ; ce n’est ni une centralité ni une périphérie marginale ; son économie prospère est fortement industrielle, ancrée localement et insérée dans les réseaux économiques mondiaux.

Ce modèle d’urbanisation hybride ne peut être qualifié pour autant de « périurbain », pour la vitalité de ses centres mineurs ; de plus, il est beaucoup plus dense que la ‘città diffusa’ du nord est d’Italie; et son industrialisation est bien plus ancienne et ses entreprises de taille moins modeste que les ‘distretti industriali’. Ce ne sont pas des territoires anodins et surtout pas des périphéries marginales : dans la région plus riche d’Italie, à Bergamo le revenu dépasse de 12% la moyenne nationale et le taux de chômage est inférieur de presque la moitié. C’est surtout une économie insérée dans les réseaux économiques mondiaux. On est sur des territoires en tension entre la métropole et le pays.

Parmi les acceptions courantes en sciences sociales, le territoire désigne une forme de société ancrée dans l’environnement local, une formation socio-économique partiellement autonome par rapport aux règles du marché capitaliste. Dans l’idéologie politique du Nord d’Italie, c’est aussi le pôle innovant du référentiel politique de l’après-guerre en antithèse au ‘palais’ et à l’immobilisme centriste romain.

Pourquoi ici, alors ? Quel type d’espace, de territoire sont Alzano, Nembro, Bergame (ma ville natale), et quelle est la relation alors entre la forme de ces territoires et la propagation du virus ? Ces lignes n’avancent pas d’hypothèses épidémiologiques, ni cherchent à cacher les erreurs politiques et de gestion de la crise sanitaire. Le but n’est que d’offrir une description « fine » des caractéristiques pertinentes du territoire bergamasque : la forme d’urbanisation, la culture productive, les institutions locales. La description de la géographie de peuplement du territoire bergamasque pourrait aider à formuler des hypothèses sur la propagation du virus, même si la question reste ouverte et fait déjà l’objet de discussions approfondies.

Des bourgs ‘métropolitains’’?

Dans la grande région urbaine de Lombardie, les villes d’Alzano et de Nembro, respectivement 13,6 et 11,6 mille habitants dans la Valle Seriana (et les villes voisines d’Albino 18 mille et de Bergame la capitale de 122 mille habitants) nous forcent à chercher un sens différent au dualisme ville-campagne, métropole et tradition, densité et dispersion, bref, aux catégories sociologiques traditionnellement bien distinctes et opposées : ni métropole ni périphérie, elles ne se positionnent pas facilement sur le continuum entre modernité et retard.

Le mode de vie, l’intensité des contacts et des relations ne dépendent donc pas de la densité ou de la dispersion. Elles dépendent du réseau familial organisé dans le voisinage, autour du palier ou d’un côté de la rue à l’autre. Mais cela dépend aussi de l’enchevêtrement des autoroutes et des aéroports qui mènent presque partout en quelques heures.

À Bergamo Orio se trouve le troisième aéroport italien, 17 millions de passagers par an, le hub de RyanAir et des liaisons de vacances avec le monde entier. Le match de football n’est plus un fait local : le club de la capitale joue en Europe, mais aussi AlbinoLeffe, le club local, a été projeté parmi les grands il y a seulement dix ans. Le 19 février 2020, le match Valence-Atalante s’est déroulé à Milan, pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. Selon certains experts, cet évènement a attiré environ un tiers de la population de Bergame et a été le premier foyer de propagation du virus.

Cette vallée est un mélange particulier d’hypermodernité et de traditions rurales qu’on appellera des « bourgs métropolitains’ », une forme territoriale qui se développe en quelque sorte entre les échelles territoriales mêlant caractères particuliers et généraux (Baratier 2020). Plus précisément, il indique la conjonction de trois éléments : une socialité traditionnelle influencée par la forme de l’habitat ; un système d’infrastructures gigantesque, que l’on peut trouver sur tous les continents; l’incurie voire le rejet du milieu naturel environnant, la rivière, la montagne, le sol fertile qui pourtant étaient la genèse du territoire. Parmi les nombreuses différences évidentes, et les nombreux aspects que nous ne connaissons pas encore, la contradiction entre ces trois éléments semble exercer une influence sur la propagation du virus.

Socialité et individualisme au centimètre près

Vingt-cinq mille habitants sur environ cinq kilomètres carrés de sol urbanisé (50 par hectare, selon une estimation approximative[1]), une densité légèrement inférieure à celle de l’aire Milanaise mais, attention, deux fois plus élevée que la moyenne de la Lombardie centrale[2].

La population, en faible croissance depuis trois décennies, est moins âgée que la moyenne de la région. Du point de vue sociodémographique, les communautés qui constituent la région bergamasque sont assez hétérogènes. Il existe un fort attachement territorial, qui s’ajoute à une faible mobilité géographique :  environ trois quarts des habitants sont nés dans la région ou dans des municipalités voisines. Mais depuis l’après-guerre, le développement économique fulgurant a suscité une immigration de main d’œuvre, notamment depuis l’étranger (environ 7% de la population est d’origine étrangère en 2016). L’émergence de nouveaux besoins, liés notamment au vieillissement de la population (aides à domicile, soignants), a entraîné récemment une diversification des origines. 

Un modèle qui n’est pas périurbain et qui présente des traits hybrides. Le bâti est dense, mais entrecoupé de nombreux espaces ouvert, souvent des jardins avec des potagers, tandis que les champs interstitiels encore cultivés au début des années 2000 ont maintenant presque complètement disparu. Sur les hauteurs, les anciens pâturages cèdent la place aux bois en expansion. À l’exception des centres-villes anciens, où les maisons sont adossées les unes aux autres tout au long d’une rue principale, les bâtiments sont presque toujours érigés sur des parcelles individuelles et organisées selon des bandes parallèles au fond de la vallée dans un espace étroit.

Un territoire de connaissances tacites et de nombreux impensés. L’urbanisation témoigne elle aussi du mélange de connaissances anciennes et de techniques récentes permettant de mettre en valeur chaque centimètre. Chaque maison exploite les plis des règles de construction et la pente de la vallée, sur la base d’un savoir local difficile à standardiser : un garage accessible depuis la rue du bas, la cour depuis la rue du haut, un étage supplémentaire sous les combles.

Dans l’après-guerre, de nombreuses personnes ont rénové la hutte de leurs grands-parents dans la zone urbanisée supérieure et ont construit la maison de leurs enfants dans la zone inférieure, en investissant les fruits du travail industriel. C’est cette génération qui est aujourd’hui décimée par le virus, avec les conséquences en matière de mémoire et de perte culturelle que l’on peut imaginer (Barcella 2020).

Spaghetti junctions et réseaux mondiaux

Il ne s’agit donc pas d’une ville linéaire, mais d’une organisation urbaine par bandes linéaires. Les rues sont les repères de ce ruban urbain, qui fait l’effet d’un code-barres vu d’en haut : si vous le « coupez » perpendiculairement, vous y rencontrez d’abord la zone habitée la plus ancienne, disposée tout le long de ce qui était autrefois la route romaine, puis vénitienne ; en parallèle, se trouvent l’ancienne et la nouvelle route provinciale, en alternance avec les fossés industriels du XIXème siècle.

La mondialisation est ici une réalité ancienne. Au XVème  siècle déjà, l’élevage avait placé la vallée Gandino, qui comptait « plus de moutons que d’habitants »,  au centre du commerce mondial de tissus en laine. L’industrialisation ne commence qu’au milieu du XIXème siècle :  des protestants suisses et des industriels milanais trouvent dans la vallée des ressources en eau bon marché et s’approprient et complètent le réseau médiéval de canaux (Honegger fit l’histoire du textile, l’Italcementi celle du béton; les papeteries de Pigna, aujourd’hui propriété du groupe Buffetti, y ont déménagé en 1919 en provenance de Milan). Ces industries s’installent dans le lit majeur du fleuve et occupent l’autre rive, souvent inondée jusqu’au milieu du XXème siècle. Le coût environnemental de ce développement est considérable : destruction de terres agricoles, pollution croissante, exploitation de la nappe phréatique.

Entre Nembro et Albino, on peut observer le cœur du système productif bergamasque : des centaines de petites et moyennes entreprises se juxtaposent et font travailler près de quatre mille employés. Acerbis transforme la matière plastique en réservoirs et composants pour motos ; Persico produit les coques des bateaux de la Coupe de l’America ; Polini Motori est spécialisée dans les kits de mise à niveau pour les cycles et les motos.

Ces entreprises génèrent un trafic incessant de voitures et de camions qui encombrent l’ancienne route nationale de la Vallée Seriana et l’autre autoroute qui relie Cene à Nembro et atteint Seriate et l’autoroute Venezia Milano. Depuis 2009, un tramway relie la vallée à la gare de Bergame et transporte environ 13 000 passagers par jour. Le prix en termes de perte de terres agricoles, la pollution croissante et l’exploitation de la nappe phréatique, est évident aujourd’hui, le fait accompli.

L’hypermobilité est une des clés pour comprendre ces formes d’urbanisation (Verdeil 2020). En témoigne l’itineraire l’itinéraire de vacances d’un couple, elle d’Alzano, lui de Nembro, parti pour les vacances le 29 février à La Havane et terrassé par la maladie à Madrid le 19 mars (Nava 2020).

Institutions décousues

La vallée Seriana de Bergame, l’épicentre du Coronavirus en Lombardie, est un échec tragique dans la gestion du système de santé et de l’urgence. C’est l’échec de la gouvernance de l’urgence, une série d’erreurs qu’on ne repassera pas en revue maintenant. Il est nécessaire en revanche de réfléchir au genre d’institutions qui convient à un tel territoire.

À ce propos, on peut utilement citer le témoignage de certains médecins en service à l’hôpital de Bergame (Nacoti et al. 2020) qui pointent le paradoxe du système sanitaire: « plus la société est médicalisée et centralisée, plus le virus se propage ». Le modèle devrait être renversé: la santé s’organise autour des malades et de la maladie, la prévention des épidémies devrait se former autour de la communauté, en limitant l’hospitalisation des personnes infectées, en consacrant des installations hospitalières aux personnes infectées et en mettant en œuvre le confinement.

Dans la géographie historique de Cattaneo (1858), la ville et le territoire italiens sont complémentaires, d’un point de vue politique ils forment une sorte d’Etat élémentaire. L’hôpital qui infecte est alors le paradoxe politique de toutes métropoles, la métaphore d’institutions perverses et inadaptées.

Comme nous ne disposons pas de données stabilisées, nous ne savons pas si la crise du virus s’ajoute à la déconnexion entre la socialité individualiste, les réseaux technologiques indifférents à l’environnement et les institutions, ou si elle est générée par cette déconnexion. Ce qui est certain, c’est que ces ‘villages métropolitains’ sont au carrefour de ces trois limites, traditionnellement propres à la campagne, à la ville et à la métropole, mais qui s’additionnent et se multiplient ici.

Une hypothèse pourrait être que le premier facteur augmente les contacts sociaux qui répandent le virus, le deuxième les démultiplie sur des échelles territoriales que le troisième n’est pas en mesure de gérer. Du point de vue territorial, c’est aussi la manifestation de la césure entre le politique et le territoire, qui s’était déjà manifestée bien avant le coronavirus.  

En plus, les régions de Wuhan, une mégalopole de second rang (bien que comptant dix millions d’habitants) et la vallée Seriana ont cet élément en commun: les deux sont un mélange incroyable et particulier d’hypermodernité et de traditions rurales, et nous obligent à chercher un sens différent aux oppositions entre ville et campagne, métropole et tradition, densité et dispersion.

Enfin, l’examen des éléments proposés ci-dessus montre cependant que la densité urbaine à elle toute seule n’est pas un indicateur suffisant ; et indique également les qualités et les défauts d’un modèle d’urbanisation original. La conclusion, pour l’instant aigre, c’est que le bourg métropolitain n’est pas ville et n’est plus pays, le territoire qu’il forme n’est pas la « personne » politique à la hauteur des risques et des défis métropolitains. Une fois l’urgence passée, cette crise pourrait au moins ouvrir une réflexion critique sur la gouvernance de ces territoires.

Angel, S., et al. (2012) Atlas of urban expansion. Cambridge, MA: Lincoln Institute of Land Policy.

Barcella, P. (2020) « Bergamo. Perché proprio qui», La rivista del Mulino, 2 mars.

Baratier J. (2020) « Pandémie, résilience, villes : Deux ou trois choses que nous savons d’elles », Linkedin, 29 mars.

Cattaneo, C. (1858) La città considerata come principio ideale delle istorie italiane. Vallecchi, 1931.

Connolly, C., Keil, R., Ali, H. (2020) Extended urbanisation and the spatialities of infectious disease: Demographic change, infrastructure and governance. Urban Studies, in print. 

Faburel G. (2020) « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie » Reporterre, 28 mars, Entretien.

Krugman P. (2020) “Covid-19 Brings Out All the Usual Zombies” New York Times, 28 march.

Invernizzi I. (2020) « Ecco il numero reale dei decessi: 4.500 in un mese », L’Eco di Bergamo, 1 avril.

Nacoti, M., et al. (2020) « At the Epicenter of the Covid-19 Pandemic and Humanitarian Crises in Italy: Changing Perspectives on Preparation and Mitigation. » NEJM Catalyst Innovations in Care Delivery 1.2. https://catalyst.nejm.org/doi/full/10.1056/CAT.20.0080

Nava F. (2020) « Mancata zona rossa nella bergamasca: storia di un contagio intercontinentale, da Alzano Lombardo a Cuba, passando per Madrid”, TPI The Post International, 31 Mar. 2020.

Offner J.-M. (2020), Anachronismes urbains, SciencesPo ed., Paris.

VerdeilE. (2020), « Urbanisation et mobilité : réflexions sur les logiques spatiales du COVID-19 », Rumor, 2 avril.

1 commentaire

  1. Un article qui interroge les capacités des localités à définir le système de gouvernance (de la santé) qui leur convient ou à s’approprier celui qui leur est imposé, donc des territoires à co-construire un système échelonné. Merci 🙂

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