Rome, Champs et hors-champs d’une ville moderne

Cet article s’attache à commenter le court-métrage suivant : https://youtu.be/Vz0mYq2_jCc

Rome est d’abord ici un chantier permanent, un grand décor d’échafaudage, avec un centre historique qui court après sa réhabilitation. Mais c’est aussi une ville qui s’est étendue ailleurs au cours de son histoire, à travers des villes nouvelles pour laquelle elle est moins connue. On découvre alors une longue séquence de différentes époques d’architecture qui s’étire jusqu’à la mer. Un réseau routier qu’on peut mettre en parallèle d’un réseau ferré, systèmes servants qui irradient une métropole où semble se noyer Rosella à son arrivée.

Mais arriver à Rome signifie également trouver la ville solaire dont tant ont pu rêver. Ici un 15 août à la recherche d’un commerce ouvert, Gianni nous fait traverser Rome désertée. Une ville normalement sens dessus dessous, pour une fois calme. On émerge avec Nanni Moretti à Garbatella. Toujours en vespa, on traverse la cité-jardin dessinée après la première guerre mondiale d’après des modèles hérités d’ailleurs. Et c’est cet ailleurs, ce monde si encombrant dont on ne sais plus très bien quoi faire, que les amis de Rosella embarquent comme ils peuvent, à dos de voitures, pour l’amener à la mer…

Mais c’est justement de la mer que vient tout le reste du monde, à la recherche d’un asile. Gheni lui, erre en vélo le long du Tibre, et on comprend par les tours visibles très au loin qu’on est peut être plus tout à fait encore dans la ville. Et le long de la route, on retrouve Barbara et toutes ces femmes, qui se détachent de la végétation, si loin aux marges de la ville qu’on ne peut même plus la deviner.

Ce sont ces routes qui ceinturent la ville, la délimitent, et dessinent ainsi un dedans et un à côté. Ici un reste de campagne et des moutons.

Et Sorrentino nous met face à une Eglise, en quête peut être d’un berger. Cette institution si importante dans l’histoire de cette ville et qui perdure, de l’église de Borromini Piazza Navone à celle de Richard Meier à Tor Tre Treste … Face à cette église qui ne lui répond pas, Gep nous explique s’être perdu dans « les vertiges de la mondanité ». On le voit tout en haut de sa cage d’escalier, monté au sommet de l’échelle sociale, au dessus il n’y a qu’un plafond de verre, et puis le ciel. Il est seul, dérisoirement petit et il se penche en avant. Une image qui donne le vertige regardé depuis le bas. Mais c’est bien Matteo Garrone qui nous montre qui est en bas de cette pyramide sociale, Barbara en marge de la ville, sur le bas côté de la route et qui elle, vend le service de ne plus être seul.

Alors maintenant on va où ? On finit par tourner en rond sur « il grande Raccordo Annulare » entre la ville et le reste du territoire. On peut ainsi s’interroger sur le champ et le hors-champ de la politique de la ville, et se souvenir de ceux laissés en marge du système métropolitain parce qu’on ne sait pas quoi en faire, mais au loin on ne voit rien. C’est le fond blanc. C’est le bruit blanc.

Filmographie

Caro Diario, (Journal Intime), Nanni Moretti, Italie, 1993

Terra di mezzo, (id.), Matteo Garrone, Italie, 1996

Ospiti, (id.), Matteo Garrone, Italie, 1998

Estate Romana, (id.), Matteo Garrone, Italie, 2000

Pranzo di ferragosto, (Le déjeuner du 15 août), Gianni di Gregorio, Italie, 2008

La grande bellezza, (id.), Paolo Sorrentino, Italie, 2013

Sacro GRA, (id.), Gianfranco Rosi, Italie, 2013

1 commentaire

  1. Decidement, tu aimes le risque: écrire sur Rome… Alors, deux critiques: la première, tu mets ensemble dans quelques lignes la métropole, la campagne, l’eglise et l’imaginaire d’une ville qui se veut éternelle, et que nous aimons d’une manière démesurée. Qu’est-ce que serait sage d’en conclure? Soyons honnêtes, rien.
    Seconde, il y a une loi de l’imaginaire: l’imaginaire de Rome frappe tous les non romains, celui de Paris les non parisiens…  » Tous les Crétois sont des menteurs… » Quoi de 3,2 millions de Romains qui habitent cet imaginaire?
    Pour pardonner ces commentaires un peu critiques, une petite chanson ‘coatta’

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s