Grand Paris Express: priorité donnée à Plaine Commune

Prolongement de la ligne 14 à Plaine Commune
Tunnel à Saint-Ouen, 25 Février 2019
Source: http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/transports-au-coeur-de-l-immense-chantier-qui-va-tripler-la-ligne-14-du-me- tro-02-04-2019-8045118.php

A partir des années 1970, le développement des transports en France se fait à l’échelle nationale, selon une logique de sectorisation (infrastructures ferrées, routières, aéroportuaires, fluviales, maritimes) et repose surtout sur des organisations privées. La question des transports devient sociale à partir de 1981, avec une volonté politique de gauche d’un accès à l’offre de transports, majoritairement traduite par une amélioration de l’offre et du réseau existant. Cette notion de transports se complète par celle plus spécifique de mobilité urbaine grâce à l’institution des Plans de Déplacements Urbains (PDU) dans la loi LOTI (Loi d’Approbation sur les transports intérieurs) de 1982. Les notions de déplacements, de transports et mobilité se complètent donnant une place majeure à l’intégration de l’environnement urbain des transports publics durant les années 1990. Dans cette même direction, les politiques urbaines de mobilité s’appuient sur un nouveau référentiel dans les années 2000, notamment grâce à une multiplication d’experts en la matière,: la cohérence entre urbanisme et transport. Cette articulation continue de se renforcer dans les politiques publiques actuelles, portées de plus en plus par des acteurs étatiques à différentes échelles (Etat, Région, Département, intercommunalité, commune) et une multiplication d’outils institutionnels (lois, plans de déplacements, plans d’actions…). 

Il est intéressant de se rendre compte que les questions de transport et mobilités nationale et francilienne ont évolué à différentes vitesses. La région parisienne fait figure d’exception où l’Etat, appuyé par des structures dédiées à des projets de mobilité spécifiques, occupe une place majeure. La complexité de l’environnement francilien, en termes de déplacements et de réseaux de transports, a amené l’Etat a porté des actions plus spécifiques sur ce territoire. 

Le cas du Grand Paris Express fait figure d’illustration. Projet phare de la politique de mobilité francilienne, il consiste en la réalisation de nouvelles lignes de transports en commun, par extension au réseau existant. Son tracé, arrêté en 2011, correspond à une boucle autour de la Paris. Sa mise en service permettra un maillage resserré de la desserte en transports collectifs afin de promouvoir un territoire francilien unifié durable, une amélioration du cadre de vie et une lutte contre les inégalités territoriales. Outre la volonté d’étendre l’offre de transports pour permettre une meilleure connexion des couronnes à Paris, l’amélioration des échanges de banlieue à banlieue est un des enjeux du Grand Paris Express.

Le Grand Paris Express est la résultante de la fusion de deux projets de transports, l’Arc Express, porté par la région, et le Grand Paris, porté par l’Etat. La métropole du Grand Paris a été créée en 2009 dans une logique de concurrence aux autres métropoles mondiales. Elle repose avant tout sur l’objectif d’une croissance économique.  Aussi, la métropole et le futur réseau de transports qui la parcourra sont inhérents l’un à l’autre, basés sur l’attractivité et la durabilité du territoire qu’ils occupent.

La particularité du Grand Paris Express est qu’il relève de la compétence transport de la Société du Grand Paris (SGP), contrairement au reste des mobilités sur le territoire d’Ile-de-France sous le contrôle d’Ile-de-France Mobilités. La Société du Grand Paris est un établissement public créé en 2010 par la loi sur le Grand Paris, exclusivement pour assurer la maîtrise d’ouvrage du GPE et, pour certains territoires, devient structure ensemblier en assurant également l’aménagement des espaces associés.

Défini comme le plus grand projet urbain d’Europe, sa réalisation repose sur la coordination de multiples acteurs : Ile-de-France Mobilités, les gestionnaires d’infrastructures (RATP, SNCF, RFF, Aéroports de Paris), le Groupement des Autorités Responsable des Transports (GART), les élus, la direction régionale et interdépartementale de l’équipement et de l’aménagement (DRIEA)… Le Grand Paris Express a été fortifié par des actions incrémentales, menées autour de la mobilité, qui ont participé à son émergence et à un engouement consensuel d’une multiplicité d’acteurs quant à sa réalisation. Cependant, l’engagement de multiples organisations, publiques et privées, la technicité élevée et la durée longue du projet ont joué dans la difficulté de sa mise en oeuvre. Les travaux des différentes lignes du Grand Paris Express connaissent des temporalités différentes mais l’importance du respect du calendrier est capitale pour tous.

La désignation de 2017 de Paris et de la SSD comme hôte des Jeux Olympiques et paralympiques 2024 est venu bouleverser les priorités et accélérer les travaux de certains lignes en construction et projets d’aménagement, essentiels au bon déroulement de l’évènement. L’une des premières réalisations qui verra le jour en 2024 est le prolongement nord de la ligne de métro 14 entre la gare Saint-Lazare, à Paris, et la future gare Pleyel, à Saint-Denis. Sa réalisation repose entre des acteurs publics qui financent le projet à 70% (Région IDF, mairie de Paris, conseils généraux de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine) et privé à 30% (Société du Grand Paris). 

Privilégier cette partie du réseau n’est pas un hasard. Plaine Commune est le lieu d’établissement d’un grand nombre de spots pour les Jeux Olympiques. L’interaction de l’évènement a permis le ré-enclenchement des travaux jusqu’alors arrêtés. Les regards sont aussi tournés vers les lignes 16 et 17 du Grand Paris Express, très attendues pour 2024 car leur tracé permettra une liaison entre le village olympique de Saint-Denis et le centre des médias du Bourget. 

Calendrier du Grand Paris Express
Source: leparisien.fr

Si l’imprévisible contribue ainsi à l’émulation de plusieurs projets concomitants, les retombées de leur réalisation bénéficieront à l’évolution d’une réalité territoriale compliquée. Plaine Commune, récepteur de  1,6 millions de déplacements quotidiens, est particulièrement marqué par des inégalités territoriales et subit un enclavement vis-à-vis de Paris. Bien que de nombreuses infrastructures lourdes soient présentes sur le territoire assurant des liaisons avec d’autres pôles métropolitains et Paris, Plaine Commune reste inégalement desservie (63% des déplacements internes sont effectués à pied) et la mobilité y est un enjeu de taille. La desserte et l’offre en transport reste insuffisante, entre saturation et manque. Composé de neufs communes (Aubervilliers, Épinay-sur-Seine, L’Île-Saint-Denis, La Courneuve, Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine, Stains et Villetaneuse), Plaine Commune est géré par l’Etablissement Public Territorial, nouvelle structure administrative établie dans le cadre de la métropole du Grand Paris qui a vu le jour a-posteriori du Grand Paris Express, en 2016. 

L’EPT est devenu un maillon-clé dans la réalisation de ce gigantesque projet de transports car il dispose de différentes compétences dont la mobilité, l’aménagement, les espaces publics, la politique de la ville, le développement économique, l’habitat… L’idée est qu’il puisse assurer une logique d’ensemble en se reposant sur les documents cadres élaborés (SDRIF, Contrat de Développement Territorial2014-2030, Plan Local de Déplacements (PLD), Plan de déplacements urbains d’Île-de-France (PDUIF), Plan vélo, Plan marche…). 

De plus, les projets de mobilité sont aujourd’hui vecteurs de dynamiques de développement urbain concentrique.  Les futures gares en travaux comme la gare Pleyel sont destinés à devenir les nouveaux « hubs » de demain. Ainsi, transport, mobilité et urbanisme sont désormais indissociables et se déplacer vers et à Plaine Commune est aujourd’hui un enjeu transversal de l’ensemble du territoire francilien.

Quelques dates remarquables dans l’évolution du projet du Grand Paris Express au coeur de la politique urbaine de mobilité de l’Ile-de-France et de Plaine Commune:

-1982: adoption de la loi LOTI (Loi d’Approbation sur les transports intérieurs) inscrivant le droit au transport comme objectif politique 

-2010 : adoption de la loi sur le Grand Paris par le Parlement  ; création de la Société du Grand Paris, gestionnaire du futur Grand Paris Express; délégation de la compétence mobilité à l’EPT Plaine Commune

-2011 : fusion des projets d’Arc Express (Région) et du Grand Paris (Etat) pour donner naissance au futur Grand Paris Express. 

-2014: approbation du plan de déplacements urbains d’Île-de-France (PDUIF), politique de déplacements des personnes et biens sur la région IDF 

-2015 : Contrat de Développement Territorial de Plaine Commune, établissement public intercommunal de la Métropole du Grand Paris 

-2019 : adoption de la Loi d’Orientations des Mobilités (LOM)

Sources:

-DORMOIS Rémi, Les politiques urbaines, Histoire et enjeux contemporains, Collection « Didact Aménagement », Presse Universitaire de Rennes, 2015

-Contrat de Développement Territorial de Plaine Commune 2014/2030

-https://www.societedugrandparis.fr/gpe/actualite/plaine-commune-et-la-societe-du-grand-paris-unissent-leurs-efforts-pour-transformer

https://plainecommune.fr/

Articles de presse:

La mobilité est la clé d’entrée au débat national, Vendredi 21 décembre 2018 • 19:26 UTC +01:00 La Tribune (site web)

Ile-de-France: Le grand pari de la circulation, Vendredi 9 février 2018
Libération • no. 11417 • p. 24 

Autant qu’un projet d’aménagement et de transport, le Grand Paris express sera le moteur de trans- formations urbaines, sociales et culturelles sans précédent, Vendredi 20 novembre 2015
La Tribune Hebdomadaire • no. No 151 • p. 30

Les dérives du Grand Paris compliquent le chantier du siècle,Vendredi 2 novembre 2018
Le Figaro • no. 23086 • p. 18 

Le prolongement de la ligne 14 du métro parisien déclaré d’utilité publique, Mardi 9 octobre 2012
Le Moniteur (site web)

Comment les Jeux Olympiques vont doper l’attractivité du Grand Paris, Jeudi 21 septembre 2017
La Tribune Hebdomadaire • no. 221 • p. 9,10,11 • 1705 mots

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