Les Tartres, des résidences seigneuriales à un quartier « grandeur nature ».

Les politiques de développement sectorielles ont dissocié pendant un siècle agriculture et ville. L’innovation résidant dans l’intégration des espaces agricoles au projet urbain vient depuis quelques années répondre aux crises respectives de ces systèmes. D’après le FAU, « L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) consiste à cultiver des plantes et à élever des animaux à l’intérieur et aux alentours des villes ». De quelle innovation parle-t-on dans l’agriculture urbaine? Le secteur des Tartres Sud entre première couronne et deuxième couronne Parisienne permet d’illustrer les conditions d’émergence de ce concept dans un projet d’aménagement. 

Historiquement, la Plaine de France est vouée à l’agriculture et Pierrefitte-sur-Seine a évolué en parcelles loties. La ville de Saint-Denis voit le jour dès le IIIe siècle (après JC) et héberge l’une des plus grandes abbayes d’Occident. Pierrefitte-sur-Seine et Stains sont des espaces de résidences seigneuriales. Les terres agricoles du site des Tartres étaient principalement destinées à la viticulture et se sont converties en terres maraîchères suite à l’arrivée de la concurrence des vins du midi. Au XIXe siècle, le sud de la Plaine de France se transforme en zone industrielle et de nombreux lotissements apparaissent pour loger les ouvriers. Après la seconde guerre mondiale, des grands ensembles apparaissent au Nord de Saint-Denis. À partir des années 60 à Stains, de grands immeubles sont construits pour répondre à la crise de logement. L’université Paris 8 est déménagée au nord de Saint Denis en 1980 et le nouveau site des Archives Nationales est installé à Pierrefitte-sur-Seine en 2013. Le développement des trois communes à exclut de l’urbanisation un espace à leur intersection. Il s’agit du secteur des Tartres. C’est un vecteur de l’histoire maraîchère du Nord de Paris. Avec 70% des jardins collectifs concentrés en Seine Saint-Denis il y a une réelle culture qui s’est ancrée dans le territoire.

  Aujourd’hui présenté comme un « quartier grandeur nature », la question environnementale est au cœur du sujet de la ZAC. Mais contrairement à d’autres projets d’aménagement, la réflexion ne s’est pas arrêtée à la création de simples noues paysagères ou de toitures végétalisées. Ici, le fait de « concilier densité et qualité urbaine et paysagère » passe par une combinaison d’usages et une diversification de destination des espaces libres. La dimension agricole du programme intègre autant la productivité des terres pour répondre au souhait d’établir une boucle alimentaire locale que l’aspect patrimonial et pédagogique d’une agriculture « en ville ». La question alimentaire est aussi évoquée dans le projet par la proposition d’une dynamique sociale de jardins et potagers urbains. La ZAC présente alors un parc agricole aux divers usages bien définis dans le programme initial du projet, tout en permettant l’évolutivité de certains espaces, en lien étroit avec une participation citoyenne. À horizon 2027, seront livrés 184 000 m2 de programmes immobiliers, 22 hectares d’espaces publics dont un parc de 16 hectares. La programmation immobilière se décline en 2 230 logements, 10 000 m2 d’activités, 2 groupes scolaires et 1 gymnase. 3,5 hectares seront destinés à une activité de maraichage et 2,5 hectares seront pérennisés en jardins familiaux. Mais si la création de parcs agricoles n’est plus si détonante de nos jours, son intégration au cœur même d’un programme d’aménagement aussi complet que celui de la ZAC des Tartres est remarquable, impactant ainsi le projet dans son intégralité et sa notoriété à l’échelle intercommunale et territoriale. 

M.Poulot (2010) identifie les projets agri-urbains comme des lieux d’innovations « dès lors qu’ils permettent aux acteurs d’explorer des voies d’articulation entre des intérêts contradictoires et entre des actions sectorielles, dans des territoires en émergence ». Dans le secteur des Tartres, la mixité fonctionnelle logement activité agricole est le parti pris pour assurer le développement urbain.  La voie explorée est de concevoir l’espace agricole comme espace semi public (sous forme de jardins partagés) pour le préserver l’intégration au système urbain. L’exemple de la ZAC des Tartres illustre un paradoxe énoncé par Christophe-Toussaint Soulard, Christine Margetic et Élodie Valette : « Ces agricultures urbaines, menacées par la croissance urbaine, contribuent pourtant à formuler une réponse aux crises urbaines qu’engendre cette croissance. »

Christophe-Toussaint Soulard, Christine Margetic and Élodie Valette, « Introduction : Innovations et agricultures urbaines durables », Norois, 221 | 2011, 7-10.

Monique Poulot, « L’invention de l’agri-urbain en Île-de-France. Quand la ville se repense aussi autour de l’agriculture », Géocarrefour, 89/1-2 | 2014, 11-19.

Zac des Tartres Sud, Etude d’impact 2015. Antea Group

Zac des Tartres, Un quartier grandeur nature – SPL plaine commune développement 

Organisation des Nation Unies pour l’alimentation et l’agriculture

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